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ET SON CARROSSE A DISPARU...

ET SON CARROSSE A DISPARU…

 

 

 

Il vient de disparaître ! Il a d’abord longé ce chemin ombragé par les frondaisons claires d’un bosquet renaissant en éveil printanier, puis s’est évanoui dès les premiers contours des bois qui ont suivi. Ainsi, le grelot clair des chevaux de tête allait s’assourdissant, expirait lentement, cotonneux, et mon regard un bref instant put caresser encore son image mirage ; j’entendais faiblement le grincement des roues bellement assourdi par cet humus gras des lisières de forêt recouvrant quelques saillies de pierre dérobées à ma vue, puis plus rien, seul le joyeux silence tout en effervescence de gazouillements neufs savait accompagner de mon cœur la saignée.

 

Arrivé en avance il s’était avant moi posté là, et j’étais à présent si ému près de lui, plus près encore, enfin tout contre lui ! Je ne le surpris pas, il m’attendait là, impatient de mon pas comme je l’étais moi de le rejoindre vite. Et fort timidement, tant mes craintes étaient grandes, je l’avais approché quand je voulais courir en envolées plénières pour découvrir en son mystère drapée cette belle « Espérée », aux si troublantes nues. Puis j’ai posé ma main sur la poignée précieuse de sa porte ouvragée aux mille reflets d’or, et si modestement encore à peine l’ai-je entrouverte, juste assez pour y laisser filtrer en son intime écrin mon regard bouleversé, car je n’ai su forcer au-delà le battant pour m’y mieux introduire m’affirmant séducteur, révélant mon désir de lui appartenir, de conquérir son cœur noyant en son sourire mon intense envie d’Elle, de la mieux découvrir effeuillant ses dentelles, à Elle, enfin à mes côtés, pour la mieux effleurer, et jusque à la toucher, pour l’enlacer peut-être et enfin l’embrasser lui cueillant un baiser ivre de ses largesses, de mes folies osées qui demeurèrent voilées pour Elle, cette hôtesse jolie au parfum capiteux et plus que raffiné que je ne sus goûter, qui irradiait l’espace où Elle était lovée, qui savait m’enflammer de sa trouble alchimie.

 

Ainsi déçue par si piètre parti qui avait soulevé en elle tant d’espoir s’en est-elle retournée. Je n’ai pas su la retenir n’osant franchir cet au-delà du marchepied après avoir ouvert mes yeux fiévreux aux si fervents aveux sur sa beauté de femme lyre ; je n’ai su inviter en cette intimité de son être incarné au sens épanouis ma carcasse de chair, me craignant offensant pour son aura mystère irisant chaudement de ses rosées de sang cet amour adultère qu’elle m’aurait offert, quand mes mots de poète, eux, fidèles écuyers de ma porte du tendre en un tout autre lit de mes ferveurs amantes lui laissaient présager autant que l’espérer un condottiere hardi pour l’aimer sans sursis, pour l’embraser de ses folies et l’adouber ainsi en noble destinée de Maîtresse princière.

 

Aussi ai-je repris ma route quelque peu déconfite, où ne respirait plus cette âme évanouie qui eut pu tant se dire, autant se révéler fervente à mes côtés, incandescente et sachant s’oublier en mes bras triomphants, mais demeurant si seule à bord en ses débords orphelins des licences carmin d’un amant pétrifié hors desseins enjôleurs aux refrains fondateurs gommant en soupirant ses abandons ardents pour un petit garçon figé sur son perron, si gauche encore en jeux de corps aux feux brûlants, sans autre devenir pour Elle, qu’un charmant souvenir qui su l’ouvrir à ses désirs sans assouvir ses chauds de sang, celui d’un presque enfant voulant devenir grand tellement éloigné de ce vibrant galant qui savait lui écrire de si doux mots d’amours troublants, certes poète, oui, et sachant s’exprimer en rimes fort déliées aux images osées, mais hors l’ampleur d’un corps à corps qui scellerait son sort jusqu’à petite mort en cœur à cœur avec l’aimée, sans charisme enivrant qui eut pu l’enlever, Elle, si chatoyante pastourelle en attente charnelle aux envies contrariées. Elle ne reviendrait plus en son souffle de chair croiser mes horizons encore trop encombrés d’un passé mal éteint, et de cette inertie invitée par ma peur, apparente froideur de mes fosses incendiaires pour les fruits de son cœur qui pourtant brûlaient tant en si puissants brasiers qui savaient torturer tout mon corps crucifié par si ample candeur.

 

Alors en mon imaginaire tellement esseulé ai-je construit un palais, Son Palais, ou rayonnait son âme à présent si lointaine, puis je l’ai décoré de mille éclats d’ivresses tapissant ses murailles serties de gemmes lyres pour Vénus à chérir ; mille mots au secret y fredonnaient fervents leurs tendres mélopées, offertes voluptueuses à son cœur échappé, vrai Trésor espéré battant si loin de mon domaine, à son corps hédoniste absent de ma bohème vibrant d’élans vers cet ailleurs à Elle, en ses contrées lointaines. Et ondoyait ma peine, fontaine de mes pleurs.

 

Or aujourd’hui encore, royaume sans souveraine, je m’ennuie tristement en un néant peuplé d’une Mélancolie de grises et mornes traînes aux sensations diffuses et cruelles, sans échos de passion autre que ceux bramés par mon propre tourment qui suinte, et âprement, aux parois écornées de mon âme esseulée privée d’un cœur aimé aux carnations de feux promises à d’autres cieux, pour d’autres yeux, en autres jeux si licencieux, pour un autre destin où je ne serais point, qui ne sera le mien, où je ne goûterais de sa chair les festins. Insipide présent !

 

Ainsi j’attends, soudaine sur ma route une révélation, un divin sortilège où une espièglerie d’un Cupidon farceur, qu’importe, quelque chose de moi qui vibrerait en elle en renouveau d’émoi. Elle, qui vit là-bas éperdue pour un autre, en son regard et son désir apôtre, goûtant tous les plaisirs pour moi sourit encore, si délicieuse amie, délicate embellie, complice libertine ; et sait-elle m’offrir en de si beaux décors de si charmants trésors volés au temps qui passe et toujours nous pétrit en ce tout autre lit, hors ces ferveurs larvées en l’azur d’un printemps aux rêves évanouis. Singulière destinée d’amants épistoliers, Elle respire toujours de ses élans gourmands aux seuls transports ardents confiés à nos lettrines qui rythment encore d’envies notre tendre amitié aux chatoyantes voix en appels d’acmés sur tempos mesurés pour désirs déliés. Alors j’espère encore sans plus y croire vraiment, quelque chose de rare aux plus puissants décors que ces seuls mots de réconfort qui s'offrent à mon présent. J’espère encore, oui, si ardemment les siens, les miens, les nôtres, aux pulpes épicées sachant ainsi flatter nos êtres en reconquêtes, courtisans de papier aux désirs envoûtants, partagés, libérés en leurs envolées autres que celles timorées qui respirent à présent mais bien trop humblement, pour de nouveau brûler jusqu’à nos dénuements, nos cœurs, nos corps, nos sangs. Je les espère troublants en leurs ardents délires, en leurs furieux élans, ces mots si ardemment écrits, encore si dissemblables en ce temps d’aujourd’hui par leurs intensités aux nuances changeantes ; aurore d’une magie pour deux âmes apprêtées chassant cruelle absence ils sauraient s’embraser de vives émotions aussi fraîches et soudaines qu’une belle explosion pleine de dévotions pour fusions souveraines.

 

Ainsi j’attends, perdu en ma passion percluse d’illusions, un bel enchantement d'un tel enfantement.

 

Parfois pourtant, les mots, Mes mots, ne savent plus caresser mon inspire ; ma Muse a déserté, ils s’évaporent sans m’atteindre. Là-bas, les retient-elle prisonniers les privant de leurs sens, de leurs saveurs fleuries et palpitantes envies, leur refusant si fort ses accords flamboyants pour les contraindre à la fadeur des choses. Abandon d’une rose vibrant de fol espoir ne se parent-ils plus de leurs éclats d’antan, de leurs chaudes nuances ; ils ne courtisent plus le nid clos de mon âme, vivent cloîtrés en gîte reculé espérant cette flamme, son sourire soudain qui soit un peu ému, cet élan spontané aux craintes abolies de sa félicité, ce doute qui s’efface pour un désir inné, cet appel à la vie comblée de ses envies, qui n'eussent jamais connu l’oubli en son cœur feux... À Elle.

 

Elle qui, en son carrosse un jour…

 

 

 



17/09/2021
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