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SE REMETTRE À MARCHER LENTEMENT

 

NB : j’ai découvert ce texte en visitant la petite église d’un village proche de Beaurepaire (dont le nom m’échappe) en Isère, lors d’une marche promenade dominicale. Au-delà du message « Chrétien » qu’il adresse aux fidèles pratiquants engagés dans, et pour l’Église, sa portée me semble bien plus universelle encore, puisqu’il peut s’offrir au regard de quiconque se retrouve en ses mots, sans le soumettre à une quelconque volonté sous-jacente d’évangéliser à tout prix pour en faire un disciple d’une quelconque Église, qu’elle soit Catholique, ou non. Car son message premier est me semble universel. Il propose à tous, cet élan spirituel qu’éprouve tout humain, croyant ou non, sur son propre Chemin de Vie, qui s’égare quelque peu parfois, au sein d’un monde qui explose sous les diktats absurdes d’une économie toujours plus vorace et dominatrice, qui, accélérant sans cesse se voue presque exclusivement au profit, à l’incommensurable toute puissance de l’argent roi, cet allié du « Pouvoir », comme à cette sacro-sainte « Réussite Sociale », qui ensemble nivellent, quand ils ne les détruisent pas, tant d’avenirs en route qui n’y résistent pas, trop faibles ou perdus cœurs et âmes en cet immense labyrinthe de notre folle modernité, pour, lui faisant face… En triompher.

 

Ce court, mais conséquent texte de foi, vous l’aurez compris, m’a énormément touché par son message ami. Oui, moi qui réfute, comme je le refuse, tout dogme imposé par quelque Ministre que ce soit se croyant détenteur d’une seule et Unique Vérité, Révélée ou créée, économique ou religieuse, je me retrouve en ce message dédié à la lenteur des choses, comme à cette humilité agissante qui tant le tisse en profondeur. Oui, je me retrouve en lui ; très intimement « Pèlerin », et comme tel, il me nourrit et me convient.

 

Aussi, je le confie à votre intime discernement, et vous souhaite, si vous l’accompagnez jusqu’à son dénouement, une heureuse lecture.

 

Lazzaro,

Poète, et Pèlerin parmi tant d’autres

 

 

« SE REMETTRE À MARCHER LENTEMENT

 

Notre manière de nous précipiter, d’accélérer notre course, notre pas, ou nos déplacements ; nos gestes brusques ; notre réaction impulsive ; tout cela nous éloigne de notre unité intérieure, nous conduit à ne pas laisser l’esprit et le cœur orienter nos chemins de vie. Nous cachons mal notre angoisse de mort, ou encore notre volonté de tout maîtriser, en tendant à mettre une quantité innombrable d’actions dans un temps limité. Nous voulons mettre de l’infini dans du fini, et nous entretenons ainsi une frustration qui n’aura pas d’issue. Pourquoi vouloir aller de plus en plus vite d’un point à un autre, avec des trains à grande vitesse ou des avions supersoniques ? Aurions-nous oublié que le temps du voyage a une valeur en lui-même et qu’il est souvent habité de mille richesses ?

 

La lenteur, c’est le rythme du marcheur, du montagnard, du pèlerin, du moine mendiant et itinérant, et finalement du penseur et du maître spirituel. Une certaine lenteur est indispensable au travail de l’esprit et la mémoire. Relisons ces quelques lignes de Milan Kundera : « Évoquons une situation on ne peut plus banale : un homme marche dans la rue, soudain il veut se rappeler quelque chose, mais le souvenir lui échappe. À ce moment machinalement, il ralentit son pas. […] Le degré de la lenteur est directement proportionnel à l’intensité de la mémoire ; le degré de la vitesse est directement proportionnel à l’intensité de l’oubli » (La Lenteur). La lenteur est nécessaire au discernement… Peu de bons choix se font dans la précipitation (sauf à avoir acquit des « habitus », longuement préparés par un lent et fastidieux travail. Ces habitudes constituent alors en nous comme une seconde nature, nous expliquait Félix Ravaisson).

 

En ce temps de l’Église où nous voudrions faire face à tout ce que faisaient nos prédécesseurs avec d’importants moyens (humains et économiques), nous risquons, en raison de notre désir d’agir vite, de tomber dans une agitation stérile, plutôt que de nous laisser conduire par le souffle de l’Esprit. Paul dirait alors que nous sommes « affairés à ne rien faire » (St Paul, 2 Th 3, 11), sans rien construire qui soit vraiment utile. Alors si nous nous remettions à marcher lentement ? Si nous cessions de nous agiter pour avancer calmement et sereinement dans la direction que l’Esprit nous indique ? Il s’agit aussi de « trouver notre miel » dans un temps rythmé par l’écoute (de Dieu et des autres), le conseil, la synodalité…

 

Jean-Marc Eychienne, Évêque de Grenoble-Vienne

(Église en Isère -Le Mag- n°7 Mars 2023) »

 

 

 



01/12/2023
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